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Soins intensifs : des soins intensément humains

18/06/2018

«La médecine est l’art de guérir les malades ; il faut en faire la science de guérir les maladies.»
Claude Bernard.

Il est très vraisemblable que l’auteur de «L’introduction à l’étude de la médecine expérimentale», tout imprégné du positivisme de son époque, aurait vu dans un service de soins intensifs moderne la concrétisation de ses aspirations. Les soins intensifs évoquent chez les patients - et chez beaucoup de soignants - un monde technique, effrayant, énigmatique et où la mort guette. Si cette première impression peut se comprendre, les soins intensifs sont aussi et surtout un service hospitalier où s’exerce une médecine, certes technique, mais empreinte d’une profonde humanité. C’est par excellence un service où le patient, ses proches et les soignants vivent, durant quelques heures, quelques jours ou quelques semaines ,des situations heureuses ou malheureuses, mais qui toujours les toucheront durablement.
Le taux de décès d’une unité médico-chirurgicale de soins intensifs comme celle du CHR Liège est d’environ 15 %. Il est inchangé depuis 30 ans et restera probablement de cet ordre dans les années futures : on soigne de mieux en mieux des patients plus malades et plus âgés. Sur les quelque 3.000 patients qui «passent» par le service chaque année, l’immense majorité, plus de 2.500, survivront et, mieux encore, reprendront une existence très proche de celle qu’ils avaient avant leur hospitalisation.
Les deux dernières décennies ont vu naître des techniques de surveillance et de soutien des fonctions vitales de plus en plus performantes. C’est grâce à ces avancées que le pronostic des pathologies que l’on traite aux soins intensifs s’est amélioré. Dans le même temps, le profil des patients a changé : plus âgés, plus fragiles, plus polypathologiques et parfois fragilisés socialement. Ainsi la question un peu binaire : «Mon proche va-t-il survivre ?» s’est transformée en «S’il survit, dans quel état sera-t-il, pourra-t-il continuer à vivre chez lui, avec quelle autonomie, quelle qualité de vie ?»
Lorsqu’on redoute une dégradation ultérieure de la qualité de vie, surgit des questions supplémentaires :          «Faut-il poursuivre les soins ? Qu’est-ce que le patient aurait souhaité ?» Et si le patient est dans l’incapacité de répondre, c’est avec les proches et le médecin traitant qu’est entamée cette réflexion sur l’intensité des soins. Si, par le passé, le médecin était au centre de la prise en charge et des décisions, en ce compris les décisions éthiques, une approche multidisciplinaire centrée sur le patient est maintenant la règle. Ce partage des soins et des responsabilités nécessite une communication et un «management» d’équipe.
La finalité et la qualité des soins reposent sur le consensus perpétuellement renouvelé entre les médecins des différentes spécialités médicales, le médecin traitant, l’équipe soignante au sens large et le patient avec ses proches.
Les conséquences et parfois les séquelles à long terme d’un séjour aux soins intensifs sont de mieux en mieux connues. On parle de «Post Intensive Care Syndrome (PICS)». Cet ensemble de séquelles physiologiques et psychologiques englobe celles découvertes chez le patient mais aussi chez les familles. Afin de réduire ces dernières, les proches sont de plus en plus impliqués dans les soins.
En quelques années, le métier d’intensiviste s’est considérablement transformé. Aux compétences techniques et médicales, il faut désormais ajouter celles de manager, d’animateur d’équipe, de coordinateur, de logisticien, de médiateur aussi ...
Notre service a réussi sa métamorphose en intégrant tous les intervenants et en anticipant les dernières évolutions médicales.
Une remise en question et une amélioration continue exigent une attention permanente. Le travail collaboratif est devenu la règle et soutient une démarche continue de promotion de la qualité.

Auteurs : Pascal Ennafla, Dr Vincent Fraipont, Dr Guy-Loup Dulière