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L'aspect psycho-émotionnel du HIV/SIDA (pour le patient, le médecin et l'équipe paramédicale)

03/12/2018

Dr Filip MOERMAN

Introduction

En moyenne, en Belgique, 2,5 nouvelles infections par le VIH sont diagnostiquées chaque jour. Le VIH concerne principalement deux types de population :
• les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, principalement de nationalités belge et européennes,
• et des personnes ayant contracté le virus via des rapports hétérosexuels, provenant principalement de pays d’Afrique subsaharienne.

La province de Liège, qui comporte une proportion importante d’habitants d’origine étrangère, est fortement touchée par le SIDA.

Bien que le risque de mortalité causé par les infections liées au SIDA ait considérablement diminué, le VIH est source d’une grande souffrance psycho-émotionnelle. La stigmatisation des personnes porteuses du VIH, qui est souvent la conséquence d’un manque de compréhension et d’information sur la maladie, reste importante, y compris au sein du corps médical. Pour la famille, les conséquences psychologiques du VIH sont également de taille. Cet impact psycho-émotionnel s’accentue encore lorsque la maladie atteint le stade SIDA. Les patients doivent alors faire face à des conséquences lourdes, mettant leur pronostic vital en danger. Le personnel soignant, au contact avec des patients parfois jeunes, aux prises à d’importantes complications, peut aussi être affecté. Il est donc primordial que la prise en charge du VIH et du SIDA soit multidisciplinaire et
prenne en compte ces différents aspects psycho-émotionnels.

Comment révéler le diagnostic à son/sa partenaire ?

La stigmatisation dont sont victimes les personnes vivant avec le VIH et la peur de la contamination rendent difficile la révélation du diagnostic au partenaire. Le médecin est également dans une position compliquée à cet égard. Il est en effet tenu au secret médical, mais il a une responsabilité vis-à-vis des personnes séronégatives avec lesquelles son patient a des rapports sexuels.

Rassurer le/la partenaire

L’Ordre des médecins s’est positionné à ce sujet : il recommande au médecin d’inciter son/sa patient(e) à révéler le diagnostic à son/sa partenaire, sans le/la forcer. Il y a en effet un risque, à trop insister, à ce que le/la patient(e) abandonne son suivi médical. Le médecin doit faire preuve de psychologie et se montrer disponible pour en discuter et pour chercher des solutions. Si le/la patient(e) le souhaite, le/la partenaire peut être invité à participer à une consultation. De nombreuses questions se posent en effet face au VIH. Qu’en est-il des risques de transmission ? Est-il possible d’avoir des enfants ? Peu de gens savent que les personnes atteintes du VIH, lorsqu’elles sont sous traitement et bien contrôlées, peuvent mener une vie professionnelle et privée tout à fait normale.

Les risques de transmission du virus

Concernant la transmission, il est important d’expliquer qu’« une personne séropositive ne souffrant d’aucune autre maladie sexuellement transmissible (MST) et suivant un traitement antirétroviral avec une virémie entièrement supprimée ne transmet pas le virus par le biais de contacts sexuels. » Cette affirmation du « Swiss statement » de 2008 est valable à quatre conditions : que la personne séropositive suive son traitement à la lettre, qu’elle soit suivie régulièrement par un médecin, que la charge virale soit indétectable (c’est-à-dire < 40 copies/ml) depuis au moins six mois, et qu’elle ne présente aucune autre MST.1

Le cas des femmes d'origine africaine

Le fait de révéler le diagnostic à son partenaire reste toutefois une énorme source de stress, en particulier chez les femmes d’origine africaine qui ont contracté le virus lors d’un viol. Ces circonstances traumatisantes sont souvent très mal acceptées par le partenaire, qui rejette la faute sur la victime. Or, il s’agit d’une population fortement touchée par le VIH. Parmi les personnes hétérosexuelles diagnostiquées en Belgique en 2016, 44 % étaient de nationalités africaines subsahariennes dont trois quarts étaient des femmes. En cas de refus catégorique du/de la patient(e) à révéler le diagnostic à son/sa partenaire, le médecin est tenu de mentionner ce refus et de le documenter dans le dossier médical.

Quel rôle pour la généraliste ?

Le médecin généraliste, qui est une personne de confiance, peut avoir un rôle actif à jouer dans la révélation du diagnostic, en collaboration avec le spécialiste. En faisant preuve de psychologie, en douceur, il peut lui aussi inciter le/la patient(e) à révéler sa maladie à son/sa partenaire.

La PrEP, souvent méconnue

Contrairement à la PrEP, la prophylaxie post-exposition (PPE) est relativement bien connue. Elle consiste en une combinaison de trois substances antirétrovirales à prendre dans les 72 heures qui suivent une exposition potentielle au virus, durant un mois. La prophylaxie pré-exposition (PrEP – Pre-Exposure Prophylaxis) consiste quant à elle en une combinaison de deux substances antirétrovirales, qui sont prises avant une éventuelle exposition au virus par des personnes qui ne souhaitent pas utiliser un préservatif lors de leurs rapports sexuels. Ce traitement préventif, qui prend de plus en plus d’ampleur – plusieurs centaines de personnes sont
concernées en Belgique – est sujet à polémique. La PrEP est en effet un traitement coûteux (environ 600 euros), qui peut provoquer des effets secondaires importants. La PrEP est par ailleurs efficace contre le VIH, mais ne protège pas contre les autres maladies sexuellement transmissibles, en augmentation ces dernières années.

La prophylaxie pré-exposition (PrEP) pose de réels problèmes déontologiques et éthiques. Alors qu’en Europe, certains font parfois un usage excessif ou inapproprié de ces médicaments, 4000 personnes meurent encore chaque jour du SIDA en Afrique, par manque d’accès aux traitements préventifs et curatifs.



Sources

1. Vernazza P, Hirschel B, Bernasconi E, et al. Les personnes séropositives ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle. Bull Med Suisses 2008;89:165-9.