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La cellule maltraitance du CHR Liège : unique en Belgique

15/12/2017

Intégrée au service de pédiatrie depuis plus de dix ans, la cellule maltraitance du CHR Liège a créé en mai 2016 une unité hospitalière spécifique qui rassemble les enfants victimes de maltraitance. Unique en Belgique, cette nouvelle unité permet une prise en charge globale adaptée aux besoins de ces enfants.
 
Interventions sur demandes
L’équipe de la cellule maltraitance intervient en cas de maltraitance physique et/ou psychologique pour réaliser des bilans psycho-médico-sociaux qui ne peuvent pas être réalisés en ambulatoire. «Une hospitalisation est notamment nécessaire lorsque l’enfant n’est pas en sécurité à l’extérieur. Le cadre de l’hôpital permet de protéger la parole de l’enfant et de garantir la neutralité des échanges», explique le Dr Sandra Pannizzotto, pédiatre responsable de la cellule maltraitance.
«Nous réalisons des bilans psycho-médico-sociaux à la demande des services de l’Aide à la Jeunesse (SAJ/SPJ)», poursuit Sandra Pannizzotto, «mais nous pouvons aussi être sollicités par d’autres services au sein de l’hôpital ou en dehors pour avis et réflexion sur une situation de maltraitance infantile. Si un bilan hospitalier s'avère nécessaire, nous orientons le demandeur vers le SAJ ou SPJ qui pourront introduire une demande d'hospitalisation. Des cas nous sont transmis de Liège, mais aussi de Huy, de Verviers, de Marche, de Dinant, de Namur, d’Eupen et du Luxembourg.»
 
Bilans psycho-médico-sociaux
Les enfants (de 0 à 16 ans) pris en charge par la cellule maltraitance sont hospitalisés pour une durée de 3 à 4 semaines. L’ONE recommande une durée de maximum 35 jours d’hospitalisation. Au CHR Liège, la moyenne est de 31 jours. «Durant leur séjour, les enfants sont encadrés par une équipe pluridisciplinaire spécialisée dans le domaine de la maltraitance infantile. Cette équipe comprend des psychologues, des assistants sociaux, des éducateurs spécialisés, un pédiatre, un pédopsychiatre, un psychomotricien ainsi que des infirmier(ère)s et puéricultrices», précise le Dr Sandra Pannizzotto.
Lors de l’admission, un premier bilan médical est réalisé. «Selon les cas, nous faisons parfois appel à d’autres spécialités au sein de l’hôpital : neurologues, radiologues, etc. Les plus petits patients qui n'ont pas accès à la parole sont pris en charge par une psychomotricienne qui évalue leur développement psychomoteur et leur capacité relationnelle avec les autres enfants et les adultes.»
Au cours de leur hospitalisation, les enfants bénéficient d’entretiens psychologiques individuels. Ils peuvent également aller à l’Ecole de l’hôpital et participer à des activités thérapeutiques encadrées par des éducateurs : ateliers culinaires, sorties «match de foot», etc. Des bénévoles présents dans le service de pédiatrie effectuent par ailleurs avec ceux qui le souhaitent des jeux et des bricolages.
Au quotidien, les psychologues et assistants sociaux interviennent lors de moments clés comme les repas pris en groupe ou la mise au lit. Cela permet une observation fine du comportement des enfants (le rapport à la nourriture, les relations avec les autres par exemple), qui est ensuite retraduite dans le rapport final.
«Ce mode de fonctionnement où psychologues, assistants sociaux et pédiatre sont impliqués dans la prise en charge et l'observation de l'enfant dans son quotidien et lors de différentes activités est unique en Belgique. Toute l’équipe travaille en collaboration en semaine comme le week-end pour recréer un environnement qui soit le moins "médical et hospitalier" possible», souligne le Dr Pannizzotto. «Nous effectuons sur une période courte un travail qui peut s'apparenter à ce qui fait en institution sur du plus long terme (bilan et prise en charge thérapeutique).»
Les familles sont intégrées au processus via des entretiens psycho-sociaux  et des visites en présence d’éducateurs spécialisés, ce qui permet notamment d’évaluer la dynamique familiale.
 
Orientation de l’enfant
Au terme du bilan, un rapport est remis aux parents puis au service demandeur (SAJ, SPJ, etc.) La prise en charge globale proposée par la cellule maltraitance permet d’orienter l’enfant à l’issue de son hospitalisation. Différents cas de figure peuvent se présenter :

  • l’enfant rentre à la maison dans certaines conditions (60 % des cas),
  • il est placé dans une structure d’accueil adaptée,
  • il reste à l’hôpital jusqu’à ce qu’une place d’accueil se libère.
«Ce dernier cas de figure reste plutôt rare car nos contacts et collaborations sont très efficaces avec les différents services qui nous mandatent. Les organismes de placement de l'aide à la jeunesse souffrent toutefois d'un manque de place de plus en plus  problématique», conclut le Dr Pannizzotto.
 
Les atouts de la cellule maltraitance
La création d’une unité hospitalière spécifique permet de regrouper les lits dédiés aux enfants victimes de maltraitance. Auparavant, ils pouvaient par exemple côtoyer dans une chambre commune un enfant choyé par ses parents, ce qui accentuait leur sentiment d’isolement. L’équipe pluridisciplinaire qui compose cette nouvelle unité est par ailleurs spécialisée dans le domaine de la maltraitance infantile. La prise en charge des enfants est donc plus efficiente.
Le taux d'occupation de l’unité hospitalière de la cellule maltraitance est de plus de 100% tant les demandes sont importantes. Actuellement, l’unité est composée de six lits pédiatriques (trois chambres à deux lits, intégrées au sein de la salle 51​), de deux salles de jeux et d’un espace ludo-thérapeutique (salle à manger-cuisine permettant activités, groupes de parole et rencontres médiatisées). Il s’agit d’une structure pilote.​ Deux lits supplémentaires vont être ouverts dans le futur.

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L'équipe de la cellule maltraitance

Différents types de maltraitance
L’équipe pluridisciplinaire de la cellule maltraitance du CHR Liège est confrontée à environ 70 cas de maltraitance par an.
  • 53 % de maltraitances physiques (bébés secoués par exemple).
  • 14 % de suspicions d’abus sexuels.
  • 11,5 % de négligences graves.
  • 21,5 % d’évaluations des compétences parentales.
Il s’agit le plus souvent de maltraitances intrafamiliales. Par ailleurs, de multiples négligences et maltraitances, y compris psychologiques, s'enchevêtrent dans la plupart des situations. Toutes les couches sociales sont concernées par le problème. Le phénomène prenant de l’ampleur, il est de plus en plus difficile voire impossible de répondre à toutes les demandes. En moyenne, cinq demandes de bilan sont en attente. 



Informations pratiques

Infos pratiques : Service de Pédiatrie